Ménopause, masse musculaire… ce que la créatine apporte vraiment aux femmes

Dr en Pharmacie

La créatine s'est trouvé un nouveau public : les femmes. Mais les études tiennent-elles vraiment les promesses du marketing ? Décryptage d'Olivia Royer, Dr en pharmacie spécialisée en nutrition sportive.

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Une équipe éditoriale et scientifique spécialisée en nutrition. Auteurs du livre Les Aliments Bénéfiques (Mango Editions) et du podcast Révolutions Alimentaires.

La créatine ? Ce n’est pas un pot de poudre dans le vestiaire d’une salle de musculation, plutôt côté hommes ? Voilà l’idée qui a longtemps été véhiculée.

Mais depuis sont arrivés les pots pastel, les gummies et les formules « spécial femme ». Vous l’avez peut-être vue passer sur les réseaux sociaux, présentée comme incontournable après 40 ans.

Et pour cause, la créatine n’a rien d’une hormone ni d’un produit dopant : c’est une petite réserve d’énergie que notre corps fabrique lui-même, et que l’on trouve aussi dans la viande et le poisson. Elle n’est donc pas réservée à un genre en particulier. 

Pourtant, quand je me suis plongée dans les études, une revue scientifique a relevé que seules 9 % des études sur la créatine ont été menées exclusivement chez des femmes. Une bonne partie de ce qu’on raconte aux femmes vient donc… d’essais menés chez les hommes.

Alors, que peut-on vraiment attendre des effets de la créatine chez la femme ? 

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Pourquoi s’intéresser à la créatine chez la femme ?

La créatine est naturellement présente dans notre organisme. Elle est fabriquée par le foie, les reins et le pancréas, et apportée par la viande et le poisson.

Son rôle ? Servir de réserve d’énergie immédiatement disponible, en rechargeant très vite l’ATP, la molécule qui fournit l’énergie à nos cellules. C’est pourquoi près de 95 % de nos réserves se trouvent dans les muscles.

Alors pourquoi s’y intéresser chez la femme en particulier ? Parce que les femmes et les hommes ne partent pas avec le même stock.

D’après une revue parue en 2025, les femmes fabriqueraient environ 20 % de créatine en moins que les hommes, et en consommeraient 30 à 40 % de moins via l’alimentation.

À cela s’ajoutent les étapes de la vie hormonale : cycle menstruel, grossesse, puis ménopause, où la baisse des œstrogènes accélère la perte de masse musculaire et osseuse.

Je trouve donc normal de se demander si une supplémentation en créatine n’aurait pas d’autant plus d’intérêt chez la femme. Maintenant, est-ce que cela se vérifie dans les études ? 

Prise de poids, cheveux, hormones : les idées reçues sur la créatine

« La créatine fait gonfler »

Avant de parler des bénéfices, j’aimerais bien déconstruire trois idées reçues qui ont la peau dure. 

C’est sans doute la crainte la plus répandue, et elle n’est pas totalement infondée : la créatine attire bien de l’eau.

Mais où cette eau est-elle stockée ? Dans un essai contrôlé randomisé, 30 femmes ont pris 20 g de créatine par jour pendant 5 jours, ou un placebo. L’eau s’est surtout logée à l’intérieur des cellules musculaires, et leur poids n’a pas bougé de façon significative.

Autrement dit, cette eau n’est pas stockée sous la peau et ne correspond pas à de la graisse. Elle ne vous donnera pas d’aspect gonflé et “flotteux”. 

« La créatine fait tomber les cheveux »

Cette rumeur tient à une seule étude de 2009 sur des rugbymen, jamais confirmée, qui avait relevé une hausse de la DHT, hormone liée à la chute des cheveux.

En 2025, un essai contrôlé randomisé de 12 semaines, à 5 g par jour, s’est penché directement sur la question. Les chercheurs n’ont observé aucune différence sur la DHT, ni sur la densité ou l’épaisseur des cheveux.

Une nuance toutefois : je n’ai trouvé aucune étude sur ce sujet chez la femme. Mais pas de quoi s’alarmer aujourd’hui, cette idée reçue ne repose sur aucune donnée sérieuse. 

« La créatine dérègle les hormones » 

Aucune étude ne montre d’effet sur les œstrogènes ou la progestérone, et aucune interaction avec la pilule n’a été décrite. 

Des effets sur la masse musculaire et la densité osseuse après la ménopause ?

Des effets sur les muscles à condition de s’entraîner

C’est le bénéfice le plus étudié, mais les résultats sont plus nuancés qu’on ne le lit souvent.

Dans une méta-analyse de 35 essais, la créatine n’apporte aux femmes qu’environ 0,3 kg de masse maigre de plus que le placebo : cela n’a pas été jugé significatif. 

Est-ce à dire qu’elle ne fonctionne pas chez la femme ? Pas forcément : les essais menés chez elles sont moins nombreux. Il est donc difficile de détecter un effet modeste avec certitude. 

Après la ménopause, en revanche, les données sont plus encourageantes. Une méta-analyse de 2026 portant sur 608 femmes retrouve +0,37 kg de masse maigre et +7,5 kg à la presse à cuisses, surtout à partir de 5 g par jour, en association avec la musculation.

Personnellement, je trouve ce résultat encourageant, à condition de bien le lire : la créatine donne un coup de pouce à la musculation, elle ne la remplace pas.

Densité osseuse : un espoir pas encore confirmé

En 2015, un essai contrôlé randomisé a suivi 47 femmes ménopausées pendant un an.Toutes suivaient le même programme de musculation supervisé, trois fois par semaine, avec de la créatine ou un placebo.

Au col du fémur, la densité osseuse a baissé dans les deux groupes, mais moins sous créatine : 1,2 % contre 3,9 % sous placebo.

Mais l’échantillon final portait sur seulement 33 participantes. Là encore, l’échantillon est bien trop modeste. L’équipe a donc voulu confirmer avec un essai de 2 ans chez 237 femmes. Cette fois, aucun effet sur la densité osseuse.

Le sujet mérite d’autres recherches, mais à ce jour, la créatine ne peut pas être présentée comme une aide contre l’ostéoporose.

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Quelle dose et quelles précautions ?

Si vous avez envie d’essayer, je vous conseille de rester simple. Dans la plupart des études, les femmes prennent 3 à 5 g de créatine monohydrate par jour.

Personnellement, je ne vois pas l’intérêt de payer plus cher une formule « spécial femme » : elles ne reposent sur aucune donnée propre. Leur emballage pastel ne change rien à ce qu’il y a dans le pot.

Côté tolérance, les études sont plutôt rassurantes : aucun effet indésirable grave n’est retrouvé chez la femme, hormis quelques inconforts digestifs.

En revanche, je vous déconseille d’en prendre en cas de :

  • grossesse ou allaitement, faute de données chez la femme
  • antécédent ou insuffisance rénale
  • traitement toxique pour les reins
  • adolescence, sans avis médical

Et si vous suivez un traitement, parlez-en à votre médecin avant de vous lancer.

Mon avis : une alliée de la musculation, pas un « indispensable féminin »

Si vous hésitiez à essayer la créatine par peur de gonfler, de perdre vos cheveux ou de dérégler vos hormones, vous pouvez être rassurée : rien dans les études ne va dans ce sens.

Son principal intérêt, c’est la force musculaire, surtout après la ménopause et à condition de s’entraîner. Pour les os, en revanche, les résultats ne sont pas au rendez-vous.

Au fond, la créatine ne fera pas le travail à votre place. Ce qui compte vraiment, ce sont vos séances de musculation deux à trois fois par semaine, une assiette qui apporte assez de protéines, de calcium et de vitamine D, et de bonnes nuits de sommeil. La créatine peut venir compléter ce socle, jamais le remplacer.

La créatine reste un complément alimentaire : n’hésitez pas à vous faire accompagner par un professionnel de santé.


Sources et études scientifiques

  1. de Guingand DL et coll. (2020). Risk of Adverse Outcomes in Females Taking Oral Creatine Monohydrate: A Systematic Review and Meta-Analysis. Nutrients, 12(6):1780.
  2. Smith-Ryan AE et coll. (2025). Creatine in women’s health: bridging the gap from menstruation through pregnancy to menopause. Journal of the International Society of Sports Nutrition, 22(1):2502094.
  3. Moore SR et coll. (2023). A Randomized Controlled Trial of Changes in Fluid Distribution across Menstrual Phases with Creatine Supplementation. Nutrients, 15(2):429.
  4. Lak M et coll. (2025). Does creatine cause hair loss? A 12-week randomized controlled trial. Journal of the International Society of Sports Nutrition, 22(1):2495229.
  5. Delpino FM et coll. (2022). Influence of age, sex, and type of exercise on the efficacy of creatine supplementation on lean body mass: A systematic review and meta-analysis of randomized clinical trials. Nutrition.
  6. Naddafha S, Antonio J, Kreider RB, Stout JR (2026). Creatine monohydrate for lean mass, strength, and bone density in postmenopausal women: a systematic review and meta-analysis. Journal of the International Society of Sports Nutrition, 23(1).
  7. Chilibeck PD et coll. (2015). Effects of Creatine and Resistance Training on Bone Health in Postmenopausal Women. Medicine & Science in Sports & Exercise, 47(8):1587-1595.
  8. Chilibeck PD et coll. (2023). A 2-yr Randomized Controlled Trial on Creatine Supplementation during Exercise for Postmenopausal Bone Health. Medicine & Science in Sports & Exercise.