Masse musculaire, mémoire… faut-il prendre de la créatine après 50 ans ?

Dr en Pharmacie

Fonte musculaire, trous de mémoire… La créatine se vend désormais comme un complément du « bien vieillir ». Olivia Royer, Dr en pharmacie, a décrypté ce que dit la recherche sur le sujet.

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Une équipe éditoriale et scientifique spécialisée en nutrition. Auteurs du livre Les Aliments Bénéfiques (Mango Editions) et du podcast Révolutions Alimentaires.

C’est une exception dans le monde des compléments alimentaires : la créatine fait partie des très rares actifs à disposer d’une allégation de santé officielle pensée pour les plus de 55 ans.

Si la créatine est un complément aussi populaire chez les sportifs, c’est pour sa capacité à fournir au muscle une énergie immédiate lors des efforts courts et intenses, ce qui l’aide à mieux progresser à l’entraînement.

Or avec les années, nous perdons progressivement du muscle. C’est de là qu’est née la question que se posent les chercheurs : si la créatine aide le muscle à se renforcer, pourrait-elle aussi l’aider à mieux résister au temps ?

Cette interrogation s’est également étendue à un autre aspect : la cognition, étant donné que la créatine sert aussi de réserve d’énergie au cerveau.

J’ai regardé ce que les études permettent réellement d’affirmer aujourd’hui. On fait le point !

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Après 50 ans, les muscles s’usent discrètement

Rides, inconfort articulaire, ou encore cheveux blancs : voilà les premiers signes que l’on attribue au vieillissement. 

D’autres changements sont plus discrets, comme la perte de masse musculaire. Et ce déclin a un nom : la sarcopénie. Elle se traduit d’abord par une perte de force, avant même la perte de volume. 

Les premiers signaux d’alerte ? Une difficulté à se relever d’un fauteuil sans les mains, à porter ses courses ou à se rattraper lors d’un faux pas.

Toutes les fibres musculaires ne vieillissent pas de la même façon. À côté des fibres lentes, qui nous servent à marcher, les fibres rapides, mobilisées pour les efforts brefs et puissants, sont celles qui fondent le plus avec l’âge.

Cette étude a montré que les fibres rapides d’hommes de 71 ans étaient 29 % plus petites que celles d’hommes de 23 ans. 

La bonne nouvelle ? Dans cette étude, six mois de musculation ont fait regrossir ces fibres d’environ 24 %. Autrement dit, le muscle âgé reste capable de répondre à l’entraînement.

Or, les fibres rapides (les plus touchées par le vieillissement) puisent leur énergie dans la phosphocréatine, une petite réserve qui recharge l’ATP, le carburant des cellules, en quelques secondes. Mieux elle est remplie, plus le muscle peut prolonger l’effort : une ou deux répétitions de plus par série, qui finissent par compter au fil des mois.

La supplémentation en créatine peut renforcer l’effet de la musculation

Depuis 2017, l’Europe autorise une allégation de santé selon laquelle la créatine peut renforcer l’effet de la musculation sur la force musculaire chez les plus de 55 ans.

Mais attention, ce bénéfice n’est démontré que sous trois conditions : 

  • 3 g de créatine par jour
  • de la musculation au moins trois fois par semaine, pendant plusieurs semaines
  • des charges qui augmentent progressivement

Autrement dit, la créatine n’agit pas seule et n’est pas miraculeuse : elle amplifie les effets de l’entraînement.

Cette méta-analyse a d’ailleurs comparé des plus de 60 ans qui faisaient de la musculation, avec ou sans créatine. Ceux qui en prenaient ont gagné un peu plus de force. En revanche, le bénéfice sur la masse musculaire et sur les gestes du quotidien n’est pas démontré.

Et si la créatine nourrissait aussi le cerveau ?

Le cerveau est un organe très gourmand en énergie… et lui aussi utilise de la phosphocréatine. D’où l’idée qu’une supplémentation pourrait soutenir la mémoire avec l’âge.

Cette méta-analyse semble aller dans ce sens : la créatine améliorerait légèrement la mémoire, et davantage chez les 66-76 ans. Mais ce résultat chez les seniors ne repose que sur deux petits essais, soit 57 personnes au total.

Et surtout : l’EFSA, fin 2024, a refusé l’allégation sur les fonctions cognitives : le lien de cause à effet n’est pas établi. Aucune créatine ne peut donc revendiquer, en Europe, d’effet sur la mémoire.

Concernant la maladie d’Alzheimer, un essai pilote mené chez 20 patients a observé une hausse de la créatine dans le cerveau et de meilleurs scores à certains tests. Mais je reste prudente face à ces résultats, car il n’y avait pas  de groupe placebo avec lequel comparer. 

Avant de vous lancer

C’est souvent la première inquiétude : la créatine fatigue-t-elle les reins ? D’après cette méta-analyse, elle fait légèrement monter la créatinine sur une prise de sang, sans modifier la fonction rénale. C’est tout à fait normal, puisque la créatinine est le produit de dégradation de la créatine, même si l’on manque de recul au-delà d’un an d’utilisation de créatine. 

En revanche, si vous devez réaliser un bilan sanguin, je vous recommande simplement de signaler votre supplémentation à votre médecin. 

Et concernant la dose, la forme la plus étudiée reste la créatine monohydrate, et l’allégation européenne repose sur 3 g par jour. Je vous déconseille les protocoles de “phase de charge” à 20 g par jour que l’on voit encore circuler aujourd’hui. 

Avant de commencer, parlez-en à votre médecin si vous :

  • avez une insuffisance rénale ou des antécédents rénaux
  • prenez un traitement qui sollicite les reins, comme des diurétiques ou des anti-inflammatoires au long cours
  • suivez plusieurs traitements chroniques
  • buvez peu, la sensation de soif diminuant avec l’âge

J’en conclut que chez le senior en bonne santé, la créatine apporte un gain de force modeste, à condition de s’entraîner régulièrement. Sur la mémoire, les promesses vont encore bien au-delà des preuves.

Ce qui fait vraiment la différence, c’est ce qui l’entoure : du renforcement musculaire deux à trois fois par semaine, des protéines réparties sur les repas, de la marche au quotidien et un sommeil suffisant


Sources et études scientifiques

  1. Cruz-Jentoft AJ et coll. (2019). Sarcopenia: revised European consensus on definition and diagnosis. Age and Ageing, 48(1):16-31.
  2. Nilwik R et coll. (2013). The decline in skeletal muscle mass with aging is mainly attributed to a reduction in type II muscle fiber size. Experimental Gerontology, 48(5):492-498.
  3. Commission européenne (2017). Règlement d’exécution (UE) 2017/672 du 7 avril 2017 portant autorisation d’une allégation de santé relative à la créatine. Journal officiel de l’Union européenne.
  4. Yao L, Yang D, Gao J (2026). Effects of resistance training combined with creatine supplementation on muscle strength, physical function, and muscle mass in older adults: a systematic review and three-level meta-analysis. Frontiers in Nutrition, 13:1919884.
  5. Prokopidis K et coll. (2023). Effects of creatine supplementation on memory in healthy individuals: a systematic review and meta-analysis of randomized controlled trials. Nutrition Reviews, 81(4):416-427.
  6. EFSA NDA Panel (2024). Creatine and improvement in cognitive function: evaluation of a health claim pursuant to Article 13(5) of Regulation (EC) No 1924/2006. EFSA Journal, 22(11):e9100.
  7. Smith AN et coll. (2025). Creatine monohydrate pilot in Alzheimer’s: Feasibility, brain creatine, and cognition. Alzheimer’s & Dementia: Translational Research & Clinical Interventions, 11(2):e70101.
  8. Tsiaras A et coll. (2026). The Effect of Creatine Supplementation on Kidney Function: A Systematic Review and Meta-Analysis of Randomized Controlled Trials. Journal of Renal Nutrition.