Huiles, infusions, gummies au CBD : pourquoi ont-ils disparu des rayons en France ?

Dr en Pharmacie

Huiles, gummies, infusions au CBD : leur vente est désormais interdite en France. Olivia Royer, Dr en pharmacie, nous explique ce qui se cache vraiment derrière cette décision.

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Une équipe éditoriale et scientifique spécialisée en nutrition. Auteurs du livre Les Aliments Bénéfiques (Mango Editions) et du podcast Révolutions Alimentaires.

C’est acté : depuis le vendredi 15 mai 2026, les produits alimentaires contenant du CBD ne peuvent plus être commercialisés en France. La décision prise par la Direction générale de l’alimentation (DGAL) en surprend plus d’un, lorsque l’on sait que ces huiles, tisanes et confiseries au cannabidiol qu’on trouvait jusque dans les rayons des boutiques spécialisées sont autorisées à la vente depuis 2022.

En réalité, ce n’est pas une nouvelle loi qui vient d’être votée, mais une application stricte du règlement européen déjà établi. 

Mais dans ce cas : pourquoi ce durcissement s’effectue-t-il maintenant ? 

La réponse tient en grande partie à un avis scientifique publié quelques mois plus tôt par l’Autorité européenne de sécurité des aliments. 

Je vous propose de faire le point sur ce qui change concrètement, sur les données qui ont motivé cette décision, et sur ce qu’il reste possible de faire si vous étiez consommateur de CBD alimentaire.

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Que dit exactement la nouvelle réglementation sur la vente de CBD à usage alimentaire ? 

Le règlement européen Novel Food est loin d’être récent. Depuis 1997, il indique qu’un ingrédient alimentaire non consommé de façon significative dans l’Union européenne avant cette date obtienne une autorisation préalable avant d’être mis sur le marché. 

Or, le CBD entre dans cette catégorie : aucun produit alimentaire contenant du cannabidiol n’a obtenu cette autorisation au niveau européen.

Jusqu’à présent, la DGAL tolérait toutefois la vente de ces produits, avant d’y mettre fin mi-avril. 

Ce qui change concrètement au 15 mai 2026

Depuis le 15 mai 2026, les produits suivants sont concernés par les retraits, sans délai pour écouler les stocks, et l’interdiction à la vente : 

  • les huiles sublinguales vendues comme compléments alimentaires,
  • les gummies
  • les gélules
  • les chocolats
  • les boissons 
  • et les infusions à base de sommités fleuries de chanvre.

Ce qui reste autorisé

Néanmoins, si vous êtes consommateurs, rassurez-vous : tout n’est pas concerné par cette réglementation. Voilà ce qui reste autorisé aujourd’hui : 

  • les fleurs et résines de CBD
  • les cosmétiques au CBD à usage cutané (crèmes, baumes, huiles de massage), 
  • les e-liquides au CBD pour cigarette électronique.

Le CBD lui-même n’est donc pas interdit en France.

Pourquoi maintenant ? Ce que révèle l’avis de l’EFSA

L’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a publié une évaluation toxicologique sur le CBD le 9 février 2026. En conclusion, l’agence a fixé une dose provisoire de sécurité à 0,0275 mg par kg de poids corporel et par jour, soit environ 2 mg de CBD par jour pour un adulte de 70 kg

Or, il s’agit d’un seuil très bas, en comparaison aux teneurs que l’on retrouve habituellement dans les produits disponibles sur le marché, souvent de 5 à 25 fois supérieures.

Si le seuil fixé par l’EFSA est si bas, c’est parce que l’agence a volontairement adopté une position très prudente, avec une marge de sécurité quatre fois plus importante que ce qu’elle applique habituellement pour d’autres substances. Ce choix traduit donc le manque de données solides sur les effets à long terme du CBD, plutôt qu’une toxicité prouvée.

Au-delà de cette étude, plusieurs signalements de nutrivigilance ont été remontés par l’ANSES ces dernières années. Néanmoins, il est important de rappeler que cela concernait essentiellement des roduits frauduleux, contenant des néo-cannabinoïdes de synthèse ou des taux de THC supérieurs aux seuils autorisés, plutôt que le CBD pur lui-même. 

Une décision qui met une filière entière sous tension

Sans surprise, cette interdiction ne passe pas inaperçue du côté des professionnels. « On trouve ça complètement aberrant », a réagi auprès de l’AFP Paul Maclean, représentant de l’Union des professionnels du CBD (UPCBD).

Il estime que cette position de la DGAL menace à la fois la filière agricole et plus de 2 000 boutiques spécialisées implantées en centre-ville. Il conteste également la lecture juridique retenue par la France, rappelant que ce règlement européen n’est pas obligatoire et que chaque État membre reste libre de ne pas l’appliquer aussi strictement.

Il pointe aussi une incohérence qui revient souvent dans les débats sur le CBD : pourquoi autoriser cette molécule sous forme fumée ou en e-liquide, et l’interdire sous forme alimentaire ?

Du côté agricole, la Confédération paysanne dénonce de son côté une menace directe sur la filière française du chanvre, en plein essor ces dernières années. Un enjeu économique loin d’être anecdotique : les formes alimentaires représentent environ 40 % du chiffre d’affaires des boutiques spécialisées. 

Un recours a d’ores et déjà été engagé devant le Conseil d’État par l’UPCBD et le Syndicat professionnel du chanvre (SPC) pour contester cette application stricte.

Que faire si vous consommiez du CBD alimentaire ?

Vous faites partie des consommateurs réguliers d’huiles ou de gummies au CBD ? Voici ce que vous devez retenir : l’interdiction porte sur la vente, pas sur la détention personnelle. Vous pouvez donc continuer à utiliser les produits déjà en votre possession.

Pour la suite, il existe toujours des alternatives légales, telles que les fleurs et résines de CBD (à ne pas ingérer directement), ou encore les cosmétiques à application cutanée.

Je vous rappelle également que même en dehors de ce contexte réglementaire, il existe une grande variabilité des teneurs en CBD d’un produit à l’autre, couplée à l’absence de contrôle qualité systématique. Je vous invite donc à la prudence lors de l’achat de ce type de produit. 

Si vous consommez du CBD à but thérapeutique, je vous recommande d’en parler dans un premier temps à un professionnel de santé. 


Sources et études scientifiques

  1. EFSA Journal (9 février 2026) –  Avis sur la dose provisoire de sécurité du CBD, DOI: 10.2903/j.efsa.2026.9862
  2. Règlement (UE) 2015/2283 relatif aux nouveaux aliments (« Novel Food »)