« De la ferme à la table », que penser de la nouvelle stratégie de l’UE pour préserver la biodiversité ?

L’UE souhaite remodeler l’ensemble de notre chaîne alimentaire. Pourquoi ce projet, nécessaire et ambitieux soulève des doutes auprès des écologistes et des agriculteurs ?
de la ferme à la table

“Biodiversité 2030” et « De la ferme à la table », ce sont les noms des deux stratégies présentées le 20 mai dernier par la Commission européenne et conçues comme imbriquées. Face à la crise écologique et pour répondre aux préoccupation croissante des citoyens pour les questions de santé, cette stratégie se propose “d’assurer la transition vers un système alimentaire durable”. Elle doit notamment faire rimer sécurité alimentaire, accès à des produits sains et préservation de l’environnement. 

Dans cette optique, la stratégie “De la ferme à la table” comporte 27 actions que l’UE et les États devront mettre en oeuvre au cours des quatre prochaines années. Cette feuille de route transversale est relativement inédite, puisqu’elle touche à l’agriculture, bien sûr, mais aussi à la transformation des produits alimentaires, à l’information du consommateur, à la lutte contre le gaspillage.

Une approche globale bienvenue, tant l’alimentation recoupe à la fois des enjeux sociaux, écologiques et sanitaires. Un peu plus de deux ans après la réautorisation controversée du glyphosate, l’UE se sait attendue au tournant. 

Produire plus sain et plus durable

Commençons par la ferme, donc : celle-ci devra être plus bio, moins gourmande en intrants. D’ici 10 ans, l’UE doit avoir converti 25% des terres agricoles au bio, rédui de 50% l’usage pesticides et de 20% celui des fertilisants. La Commission promet notamment d’aiguiller les futures financements vers “l’agroécologie, l’agroforesterie et l’agriculture de précision”. L’agriculture, notamment intensive est l’un des principaux facteurs du recul de la biodiversité et participe pour un tiers aux émissions de gaz à effet de serre. 

Du côté des élevages, l’usage des antibiotiques devra être divisé par deux d’ici 2030, tandis que l’UE promet de durcir les réglementations existantes afin de mieux protéger le bien-être animal. 

Enfin, l’UE invite les producteurs agricoles à renforcer leur coopération pour peser davantage dans la filière alimentaire. Beaucoup d’agriculteurs se trouvant en effet dans une situation de vulnérabilité face aux grands groupes de distribution. 

Faire bouger les lignes dans l’industrie du commerce alimentaire

Seconde étape de la chaîne alimentaire, les entreprises de transformation et de distributions seront “obligées” d’intégrer la durabilité dans leurs stratégies d’entreprises. L’UE promet l’élaboration d’un “code” pour un “comportement entrepreneurial responsable” dans les chaînes d’approvisionnement du secteur. 

Alors que la moitié des adultes en Europe est en surpoids, la Commission promet de limiter la promotion des denrées riches en sucre, en sel et en matière grasse. En parallèle, elle propose de fixer des teneurs maximales en nutriments, pour les aliments transformés. 

Perturbateurs endocriniens, plastiques… l’UE entend aussi répondre aux inquiétudes concernant les emballages, identifiés comme source de contamination des aliments. Une nouvelle réglementation sur le sujet pourrait être adoptée d’ici 2022. 

Informer les consommateurs 

“De la Ferme à la Table” devrait enfin changer le visage des emballages et nous aider à savoir ce que l’on met dans nos assiettes. Elle promet de mettre en avant les informations qui nous aident à faire nos choix selon les critères de santé et de durabilité, notamment par l’indication systématique de l’origine des produits, ainsi que par un étiquetage nutritionnel obligatoire et harmonisé. 

Enfin, des dispositions réglementaires doivent orienter l’approvisionnement des écoles et institutions publiques sur des produits plus sains et plus durables, notamment le bio. 

Des espoirs et des doutes

Si elle vont dans le bons sens, les annonces de l’UE ont aussi soulevé des critiques quant à leur cohérence.  La Coordination rurale par exemple, se demande comment à la fois “rendre à la nature” 10% des terres agricoles, comme le propose la stratégie “Biodiversité 2030” et assurer la sécurité alimentaire de l’Europe alors que celle-ci est déjà “dépendante des importations alimentaires”. 

A l’inverse, la Fondation Nicolas Hulot regrette que l’UE peine encore à sortir de son prisme  “productiviste”. Pour preuve, la mention dans la stratégie européenne de “l’Agriculture de précision”, un ensemble d’outils agro-scientifiques que la Commission entend soutenir. Or “ces solutions high-tech très onéreuses poussent à l’intensification et l’uniformisation de la production agricole et donc au déclin de la biodiversité” pointe du doigt la Fondation. 

Le “productivisme”, est un reproche fréquemment adressé à l’UE. Jusqu’ici sa Politique Agricole Commune (PAC), son premier poste budgétaire, est souvent accusée de ne jamais avoir pris la mesure des nouveaux enjeux environnementaux et de santé publique. La PAC doit être renégociée par les États d’ici 2023 et c’est en parti à l’aune de cette refonte que le “pacte vert” présenté par la nouvelle la Commission se concrétisera ou non dans les faits. 

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